Biodiversité & vie marine
L’estran de la côte ouest de la Manche accueille une richesse faunistique et floristique étonnante et très diversifiée, voire unique en Europe.
Sous l’influence des forces d’attraction de la Lune et du Soleil, les océans et les mers sont soumis aux phénomènes des marées. Le rythme régulier du flux et du reflux des mers délimite la zone de balancement des marées (ou zone intertidale), soit une étroite bande côtière où un foisonnement d’espèces vient se nourrir, se reproduire et se réfugier. Végétaux et animaux y subissent toutefois une perpétuelle alternance de facteurs physiques et chimiques, aux
variations parfois brutales, tantôt à la merci du soleil, des tempêtes ou du lessivage par les eaux de pluie. Néanmoins, ces facteurs sont compensés par une profusion d’éléments minéraux et de nourriture. Cet espace naturel hostile, aux conditions de vie très contraignantes, ont sélectionné des espèces particulièrement résistantes et aux adaptations diversifiées. Certains habitats marins complexes sont d’ailleurs des « hot spots » de biodiversité.
Les récifs d'Hermelles
Les hermelles sont des vers marins tubicoles coloniaux, qui vivent dans un tube de sable construit pour se protéger des prédateurs et qu’ils ne quittent jamais. Les grains de sable qui composent ce tube sont sélectionnés selon leur forme et leur nature, et sont collés entre eux grâce à une colle spéciale sécrétée par l’animal. C’est une espèce grégaire qui vit en colonie, formant des récifs de sables remarquables, comptant en général 15 000 individus au mètre carré, mais des records de densité ont été relevés avec plus de 60 000 individus au m². À l’image des récifs coralliens, les récifs d’hermelles constituent de véritables réservoirs de biodiversité grâce aux multiples anfractuosités, fissures, cuvettes sableuses, mares et micro-habitats présents. Elles peuvent abriter jusqu’à 72 espèces différentes. On considère qu’il y a 5 à 10 fois plus d’espèces dans 1m² de construction récifale que dans 1m² de sédiments meubles qui l’entourent (sédiments qui ont permis la construction de ces massifs).
Les hermelles (Sabella alveolata) de la baie du golfe Normano-Breton représentent le plus imposant ensemble récifal de cette espèce en Europe. En baie du Mont-saint-Michel, les deux plus grands massifs sont considérés comme les plus grandes constructions animales d’Europe. À ces deux entités, s’ajoute une succession relativement importante de récifs moins spectaculaires entre Champeaux et Germain-sur-Ay, mais pouvant atteindre des hauteurs de plus de 50 cm sur plusieurs centaines de m² sur le secteur sud de Granville.
Cette espèce est décrite par les scientifiques comme une « espèce ingénieure ». En effet, elle structure fortement son environnement. Elle favorise ainsi la sédimentation, participe à la filtration des particules dans l’eau, est une grande productrice de larves planctoniques (premier maillon de la chaîne alimentaire) et, même à certains endroits, les récifs protègent le littoral contre l’érosion.
Sur la commune de Champeaux en baie du Mont-Saint-Michel un arrêté
protège les récifs d’Hermelles et la pêche à pied de loisir est soumise
à une réglementation particulière :
https://www.normandie.developpement-durable.gouv.fr/arrete-inter-prefectoral-portant-protection-de-l-a5800.html
Les herbiers de zostères
Les herbiers de zostères marines (Zostera marina) constituent des habitats marins d’une importance écologique majeure. Présents sur l’estran et en zone infralittorale peu profonde, ils jouent un rôle fondamental dans le fonctionnement des écosystèmes marins côtiers, tant du point de vue biologique que physico-chimique (IFREMER, 2010).
La zostère est une espèce protégée et la seule plante à fleurs marine du littoral Atlantique et de la Manche. Elles forment des prairies sous-marines appelées herbiers. Les herbiers marins assurent de multiples services écologiques :
- Oxygénation de l’eau ;
- Stockage de carbone ;
- Stabilisation des fonds et réduction de la vitesse des courants, ce qui, mécaniquement, limite l’érosion côtière ;
- Production de matière organique ;
- Source de nourriture, zone de frayère et de refuge pour de nombreux organismes tels que les poissons, échinodermes et oiseaux comme les bernaches cravants.
Sur la côte ouest du Cotentin, les herbiers sur Saint-Martin-de-Bréhal et Gouville-sur-Mer ont subi de fortes régressions depuis les années 1970 (Centre d’études et de valorisation des algues, 2025). Ces habitats sont soumis à des pressions multiples, d’origine naturelles et anthropiques. Toutefois, des signes positifs sont constatés ces dernières années, avec notamment une recolonisation sur certains sites de la côte des havres. Néanmoins, cet habitat marin reste extrêmement fragile. Des études sont en cours pour évaluer de l’état des herbiers de zostères et leur vitalité.
Les bancs de Maërls
Le maërl est une algue calcaire de couleur rouge violet vivant librement sur les fonds meubles (ables, gravier, vase). Les bancs se forment par accumulation de ces algues sur une épaisseur variant de quelques centimètres à plusieurs mètres. La croissance très lente du maërl (inférieure à 1 mm par an) rend cet habitat très fragile. Une fois détérioré ou détruit, le banc de maërl mettra des centaines d’années à se reconstituer. Les bancs de maërl sont présents dans les eaux peu turbides (pour optimiser l’activité photosynthétique), dans des conditions de courants propices au maintien des thalles sur le fond et à une bonne circulation de l’eau (pour éviter une sédimentation trop importante). La structure physique tridimensionnelle des bancs de maërl permet une très large gamme de microhabitats (microniches) qui se traduit par la présence d’une diversité en faune et en flore très élevée. Les bancs de maërl constituent ainsi un réservoir de biodiversité. En outre, ils forment une zone de nurserie pour des espèces commercialement exploitées telles que les bivalves (Coquilles Saint Jacques, Pétoncles, Palourdes, Praires) et les jeunes stades de poissons (Bar, Dorade, Lieu, Rouget…). Localement, ces bancs peuvent aussi constituer une source non négligeable de matériaux de formation des plages. Ainsi, ce sont plus de 900 espèces d’invertébrés et 150 espèces d’algues qui ont été recensées vivant sur le maërl des côtes de Bretagne.
En l’état actuel des connaissances, un banc de maërl est défini par la présence d’au moins 30% de maërl vivant et mort sur une surface donnée, évaluée via des prélèvements, et une taille de brin supérieur à 5mm (BIOMAERL Team, 1999). Aujourd’hui, les bancs de maërl sont principalement localisés autour de l’Archipel de Chausey dans le département de la Manche.
Image : Dugornay Olivier (2021). Banc de maërl en rade de Brest. Ifremer. https://image.ifremer.fr/data/00686/79814/
Les banquettes de Lanices
Lanice conchilega (aussi dénommé Petit palmier) est un ver annélide polychète tubicole marin fouisseur de grande taille (mesurant jusqu’à 25 cm, voire 30 cm de longueur). Il élabore un tube vertical constitué de grains de sables agglomérés par un mucus, dont la partie apicale forme un panache « en forme de palmier ». Lanice conchilega a un régime alimentaire mixte (suspensivore et/ou déposivore de surface selon les conditions hydrométriques).
A de fortes densités, L. conchilega structure fortement son environnement et devient une espèce ingénieure. Une espèce ingénieure est une espèce capable de modifier profondément et durablement son habitat. Les formations engendrées constituent de véritables banquettes au sein desquelles les abondances peuvent atteindre 5 000 individus au m².
Ce regroupement de vers tubicoles forme une structure physique qui affecte la structuration spatiale des communautés benthiques. Cela modifie aussi indirectement le régime hydrodynamique au-dessus du fond en ralentissant les courants et en favorisant la sédimentation silteuse. Ce petit ver injecte également de l’oxygène dans le sédiment à chacun des mouvements réalisés dans son tube. En fortes densités, ils peuvent stabiliser les sédiments et créer des oasis pour les communautés benthiques, différentes et souvent plus diversifiées et abondantes que celles des milieux environnants. Elles jouent ainsi un rôle majeur dans la structuration des communautés macro benthiques et méiobenthiques associées.
Les banquettes à Lanices dans l’écosystème marin tendent à augmenter localement l’abondance, la biomasse et la diversité de la macrofaune, par rapport aux écosystèmes limitrophes.
Les blocs rocheux
Le champ de blocs est une étendue de blocs rocheux découverts à marée
basse lors des grandes marées. Les blocs peuvent être de différentes
tailles et formes, se superposer entre-eux ou recouvrir directement le
substrat sous-jacent. Les roches qui les constituent sont également de
poids variable, en fonction de leur nature : généralement du granit. Ces
milieux aux multiples recoins abritent une grande diversité d’espèces
animales et végétales. Sur l’estran rocheux, il s’agit certainement des
milieux les plus riches et ils sont particulièrement fréquentés par les
pêcheurs de crabes, de crevettes ou encore d’ormeaux.
Outre les espèces qui intéressent les pêcheurs à pied, le champ de blocs
est un paradis pour l’observation naturaliste. Sur un bloc « en bonne santé», on peut compter près de 80 espèces différentes. Il est
généralement colonisé par des algues rouges et brunes sur le dessus,
elles-mêmes abritant de petits gastéropodes brouteurs ou autres
crustacés. En dessous, c’est un monde aux formes et couleurs étonnantes
qui se dévoile aux plus curieux, partagé entre par les éponges, ascidies, bryozoaires, …
Parmi les espèces beaucoup plus simples à observer, on retrouve de nombreux petits crustacés comme les crabes porcellanes ou les crevettes à
capuchon, des vers, des oursins, des étoiles de mer comme les ophiures
ou les astéries bossues…
Tout comme le reste de l’estran rocheux, c’est un milieu idéal pour
s’adonner à la « pêche de découverte ». Les découvertes y sont
nombreuses et à chaque fois différentes. Mais c’est également un milieu
fragile, qu’il est essentiel de respecter et de préserver dans sa
pratique. Des études ont démontré qu’une pierre non remise en place perd 30 % de sa biodiversité en moyenne (parfois plus) et mettra environ 3 ans à la retrouver. Un petit geste qui nous semble anodin peut donc avoir des conséquences écologiques très néfastes, surtout quand il se répète. Il est donc impératif de remettre les pierres retournées dans
leur position initiale, telles qu’on les a trouvées. Dans la Manche, c’est
même une obligation réglementaire.
Faune & Flore méconnues
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Fiches de la biodiversité de l'estran
Pour en connaître en détail la faune et la flore locale, retrouvez toutes les fiches à télécharger gratuitement sous forme de pdf.
Vous retrouverez dans cet Atlas de la biodiversité marine différentes fiches :
- Fiches Nudibranches
- Fiches Crevettes
- Fiches Eponges
- Fiches Tuniciers
- Fiches Balanes
- Fiches Poissons Benthiques
- Fiches Syngnathidés
- Fiches Requins
- Fiches Poissons plats
- Fiches Poissons pélagiques
- Fiches Coquillages
- Fiches Crustacés
- Fiches Vers
- Fiches Méduses
- Fiches Céphalopodes
Médiation de l’estran, Pêche à pied de loisir
Le médiateur de l’estran est un interlocuteur privilégié pour informer sur la réglementation de la pêche à pied, les problématiques de fermetures sanitaires et sur l’évaluation des ressources marines.
Son champ d’action s’étend sur les territoires de Coutances Mer & Bocage et de Granville Terre & Mer.
Vigie phoques
Un dispositif pour permettre la cohabitation entre la colonie de phoques veaux-marins et les activités humaines.
Classes de mer
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Aires marines éducatives
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